La saveur du vent

Une revue numérique ? … C’est donner un écho à ce qui n’en a pas suffisamment à mon goût, dans cette société où à force d’excès “d’infos” , de propagande et de publicités carnassières, l’essentiel est bel et bien étouffé. Créer donc à ma mesure un espace de respiration, de rencontres possibles avec des textes autres, avec des auteurs proches, cela reste l’objectif.

 

Le cheval de Mingdao - AMJ & Shanshan Sun

Le Cheval de Mingdao* clôture le cycle concernant la Chine de la première moitié du 20ème siècle à travers l’histoire familiale de la famille SUN. Ce livre … point final (?!) d’un cycle douloureux, fut publié en 2008.

Sa particularité : sur une même page en face à face, mes poèmes à gauche,  ceux de Shanshan Sun à droite, avec en vis-à-vis sur l’autre page ses calligraphies, tandis que mes deux collages rythment  les différentes époques. Le tout fut très bellement réalisé par Jean-Charles Domens

TOKBAR- Michel Cassir

Voilà un livre qui se lit d’un trait, … plusieurs fois…. et, après avoir repris ses esprits , nécessité de le lire autrement, très, vraiment très lentement.  

En effet, drôle d’énigme que ce Tokbar qui vient de fort loin, virevolte dans des images surprenantes : attachant, disparaissant aussitôt, jonglant avec les masques, et les ambiguïtés.                                   

“Faire pivoter l’esprit” ? … Tokbar y réussit.

L'Université de Rebibbia - Goliarda Sapienza

Si Goliarda Sapienza la nomme université, ce n’est pas uniquement par provocation, c’est bien parce qu’elle y apprit tout ce qu’on n’apprend pas ailleurs….

Tzvetan Todororov : Le triomphe de l'artiste

La mise en évidence de l’engagement dans une pratique artistique et du risque majeur encouru reste encore et toujours d’actualité.
Pratique qui malgré les embûches de tous ordres comme Todorov le retrace, le parcours de Malevitch subsiste grâce à cette formidable force intérieure qui anime tout artiste…

Cornélius Castoriadis

Lectrice il y a longtemps des carrefours du labyrinthe, j’aime en relire des fragments régulièrement. En
voici quelques citations.

Nadine Agostini

La lecture des textes de Nadine Agostini provoquent chaque fois une sorte d’interruption…(je ne trouve pas d’autres mots)… dans la pensée, la manière d’être.

Jacqueline Merville et Frédérique Guétat-Liviani

Présentation d’oeuvres de ces artistes exposées au Centre Eurpoéen de la Poésie d’Avignon le 7 mai 2016. 

Voyage vers la présence de l’invisible qu’on peut situer dans la spiritualité, à savoir le désir d’une conscience, et 29 dessins qui sont chacun un fragment de la peau d’Io.

Revue du Crieur n°3

Encore un article qui dévoile l’une des multiples opacités de notre république, et son obstination à refuser de balayer certains héritages de l’ancien régime

Francis Dhomont

Francis Dhomont, pionnier bien connu – et honoré – de la musique électroacoustique, travaille depuis longtemps avec les textes de Kafka ; il est un familier de son univers.
Troisième et dernier volet du cycle des PROFONDEURS, ce disque s’intitule LE CRI DU CHOUCAS*.

A Jean Joubert

La disparition brutale de Jean Joubert, sa soudaineté, l’hommage rendu, ont eu je ne sais quoi d’étrange… Et ce n’est pas seulement sa façon bienveillante de dire à chacune, chacun un mot personnel à chaque rencontre, sa présence chaleureuse qui manquent et manqueront.

Alain Robinet, je vois de plus en plus en rouge

L’art contemporain chez l’habitant ! Exposition/installation d’Alain Robinet « l’explorateur de couleurs de matières, de textes, de phrasés » ….

Revue du Crieur n°2

Critique de la Revue du Crieur n°2, co-éditée par Mediapart et La Découverte

En tirant sur les mots : James Sacré

Un continuum sans jamais rien de grandiloquent, du “tout-simplement” (très travaillé: pas un seul mot de trop… oh…la lecture à voix haute… !) qui s’ouvre brutalement sur la solitude radicale

Inès Wickmann : deux vidéos

J’ai pu voir récemment deux vidéos à « la baignoire » pendant le festival «KLANG» à Montpellier.

Les olympiades truquées, Joëlle Wintrebert

C’est l’histoire parallèle de deux adolescentes : l’une du Sud (les noms fleurent bon le terroir par opposition à tout le contexte) à l’identité solide, très douée pour la natation, a accepté de signer un contrat qui va la contraindre à subir un programme drastique sur le plan physique et psychologique élaboré par des scientifiques. L’autre personnage est une jeune fille, clone d’une célèbre musicienne morte dans un accident, clonée grâce à la volonté du mari de cette dernière savant réputé et homme de pouvoir… Mais ce clone rêvé docile et substitut de l’épouse aimée, lui réserve bien des surprises.

Trobairitz

Une quinzaine de poètes, dont Martine Biard, sont réunies dans cet ouvrage: Sabine Sicaud, Sabine Aussenac, Claude Ber, Sylviane Blineau, Fred Coquillat, Antoinette Dard-Puech, Sylvie Durbec, Chantal Enocq, Marie-José Fages-Lhubac, Anne-Marie Jeanjean, Danielle Julien, Hélène Nesti, Sonia Orduna, Simone Salgas.

Anna Barkova

D’ Ivanovo en 1901 au 29 avril 1976, non loin de Moscou, voici un parcours à travers le temps, les lieux divers qui ont jalonné la vie d’une poète inconnue du public français : Anna Barkova.

L’art de Shanshan Sun

Shanshan Sun fait partie de ces artistes dont l’œuvre n’a pas besoin de justifications ou d’explications interminables, découverte de ses trois encres que nous pouvons observer pleinement à notre grès selon les moments et les fluctuations du jour…

Bota : personnage de Joëlle Wintrebert

Bota : personnage imaginé par Joëlle Wintrebert dans son roman LES AMAZONES DE BOHEME et dont j’essaie de cerner l’impact dans l’ouvrage.

Hypatie d’Alexandrie

Maria Dzielska esquisse le portrait moral et intellectuel de la philosophe.

Petits événements poétiques et scéniques

Jean-Louis Estany : une première avec ses « Petits Evénements Poétiques et Scéniques » au Théâtre de Clermont l’Hérault ! Il a entrepris de commencer à cerner ce qui fait question maintenant quant à l’écriture, à la poésie, à son ouverture aux techniques du son, à l’espace… programme complexe et passionnant…

A propos des graphismes de Krochka

Des graphismes subtils, cadencés, Krochka exprime, traduit… elle écrit sans les mots. 

J’logo dans l’lego des mots…c’est Alain Robinet !

Avec Alain Robinet, en général, le rythme embarque son lecteur sans ménagement. Il faut se laisser accaparer d’abord par le rythme, s’arrêter et s’y reprendre à plusieurs fois pour entrevoir les doubles ou triples sens de ses mots concassés.

C'était Salle Molière !

Trois comédiens, un véritable moment d’émotion, mais aussi de réflexion.

Les cinq rêves du Scribe

Un livre impossible à écrire sans avoir approché au plus près délices et enfers de la calligraphie.

Julia Kristeva

« Et pour tous les êtres parlants, hommes ou femmes, le féminin est le premier autre qui peine à se faire entendre. »

Critique de l’ouvrage de Julia Kristeva : Pour une femme

Jacqueline Merville

Un ouvrage bouleversant, une éloge de l’essentiel. Chaque phrase est importante pour en 92 pages exprimer ce qui a été ressenti à cet instant, un trou dans le corps, plus loin que la pensée.

Deng Daikun

La découverte d’un artiste calligraphe chinois au parcours parsemé de…

Jean-Luc Lavrille

Critique du texte de Jean-Luc Lavrille

De L'universel...François Jullien

Critique du texte de François Julien

Juste une fin du monde

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La saveur du vent n°20

Le cheval de Mingdao - Shanshan Sun

Le Cheval de Mingdao* clôture le cycle concernant la Chine de la première moitié du 20ème siècle à travers l’histoire familiale de la famille SUN. Ce livre … point final (?!) d’un cycle douloureux, fut publié en 2008. Sa particularité : sur une même page en face à face, mes poèmes à gauche,  ceux de Shanshan Sun à droite, avec en vis-à-vis sur l’autre page ses calligraphies, tandis que mes deux collages rythment  les différentes époques. Le tout fut très bellement réalisé par Jean-Charles Domens.

Des années plus tard, ce livre inspire au musicien Vincent FERRAND**, une forme de récital  mêlant musique à la contrebasse, texte dit par la comédienne Flore Grimaud et  jeu vocal du chœur Archipels dirigé  par Claire Suhubiette.       

La création eut lieu le 19 Novembre 2023 à Montpellier sur l’invitation d’ Annie Estèves, directrice de la Maison de la Poésie à la Maison des Chœurs.  En Juin 24 Montauban l’accueillait.                                                                                                                                        



Des questions me venant à l’esprit… Vincent Ferrand a bien voulu y répondre.

——

1 – Tout d’abord, ce livre ?  …comment s’est passée  ta lecture de ce livre ?

A la maison de la Poésie de Montpellier. J’en découvre un exemplaire dans un sac de livres ayant subis un dégât des eaux. Cette lecture me saisit. C’est une mise en abîme puisque la destruction par le temps, le feu ou l’eau est un des thèmes du livre.


2 – Qu’est-ce qui en toi, va déclencher l’idée, le geste de composition : certaines expressions dans les textes, ou  la situation humaine et politique induite par la censure ?

La vibration poétique. Le livre chante sa poésie à 2 voix, 2 univers, deux sensibilités en présence. La mise en page de ces deux voix, l’une à gauche de chaque page, l’autre à droite. Les collages qui sertissent les 3 parties, les calligraphies parsemées au cours du recueil. Tout ce dispositif vibre parallèlement à la vibration du texte lui-même, qui chante quand je le lis.                                        Des envies musicales émergent à chaque fois que je l’ouvre. Comme si la pièce musicale écrite à l’avance appelait ma vibration de travail musical pour la faire émerger du futur. 

Le sujet bien sûr me touche. En plus je connais Shan. L’injustice, la barbarie l’aveuglement du pouvoir, le pouvoir scélérat qui s’érige en vertu, la folie… tout ça me fait peur. Et le travail que j’ai pu faire par ailleurs avec les Mutins de Pangée rejoint ces préoccupations artistiques et politiques.


3 – La musique s’impose t-elle à toi d’emblée ? ou un motif « conducteur »  ?…

Oui la musique me vient en lisant. Le premier collage, l’ombre des bambous, me parle, me chante. J’enregistre tout de suite les voix, ça vient tout seul. Sachant que cinq  minutes ou cinq secondes d’inspiration doivent être travaillées des heures pour créer une musique qui se tienne !

Le fil conducteur, pour moi c’est le livre. Je le mets en musique avec mon horizon musical, je voyage dans le paysage du livre avec mon imaginaire musical comme ciel. 

 

4 –Avec les différentes séquences en désordre que tu vas structurer en un deuxième temps ? 

Oui l’écriture musicale n’est pas chronologique. Le livre est dans ma tête, quand me vient une musique, une idée, je la développe puis je comprends de quelle partie du livre elle est la musique, puis je l’adapte au texte. Ma vue d’ensemble c’est le livre

La composition Voix /contrebasse et sa pratique depuis bien des années pour toi se met en place 

Oui, c’est mon dispositif de base, mais j’écris aussi au piano, ou en studio d’enregistrement ou à la table. Suivant les passages, cela change l’écriture même. Ça me permet des contrastes d’écriture, de techniques d’écriture.  

Des séquences courtes; mais à quels moments y penses-tu, ou est- ce un préalable “évident” pour toi ? Magnifique avec la comédienne Flore Grimaud.

Oui je pense à elle dès que j’ai choisi le dispositif scénique. C’est une personne merveilleuse et une artiste merveilleuse. C’est idiot et bateau de dire ça mais je le ressens comme ça.


5 – Comment mentalement pour toi, se met en place la présence du chœur ? Pour le public une surprise et une réussite.

L’idée du chœur doit beaucoup à tes collages, toutes ses voix qui répètent … C’est nourrissant pour moi. Ensuite, je vais plusieurs fois écouter le choeur en répétition pour d’autres projets, pour intégrer leur son. J’ai besoin de ça. Ça m’aide à me centrer pour faire émerger la musique. 


6 – Pensais-tu “son” d’abord et ensuite “théâtralité » ?

Je pense peu, je « pense-ressens » sens, musique et émotion du livre. Je pars du livre (musique et sens du texte, calligraphies, collages, deux voix des deux auteurs). Quand le livre est théâtral, quand le livre est poésie graphique, quand le livre est évocation, je ressens et réagis. Ensuite la vibration musicale émerge.


7 – Comment se fait la concertation  avec Claire Suhubiette Cheffe de chœur ?

Ce qui est important pour Claire quand j’écris, c’est la cohérence des hauteurs pour les voix vis à vis des nuances. Mais le travail avec Claire c’est surtout pendant les répétitions avec le choeur, pendant lesquelles nous trouvons les solutions d’interprétation. Je procède à quelques corrections dont la nécessité émerge au cours du travail avec le choeur. C’est un échange, permanent. 


8 – Quelle critique, quel enseignement… après ces premier concerts publics peux-tu provisoirement en retirer ?

L’impression que les morts sont présents, hypnotisent musiciens et auditoire pour que la pièce puisse vibrer dans l’âme de chacun.

Niveau critique, rien de nouveau : rien ne résiste au manque de travail, or le temps de répétition était compté, tout est à parfaire sans cesse. La musique nous regarde la jouer en souriant avec bienveillance quand ça se passe de manière correcte.

*Voir page /site livres

**pour en savoir plus : vincentferrand.com – voir dossier de presse

La saveur du vent n°19

TOKBAR - Michel Cassir

Voilà un livre qui se lit d’un trait, … plusieurs fois…. et, après avoir repris ses esprits , nécessité de le lire autrement, très, vraiment très lentement.  

En effet, drôle d’énigme que ce Tokbar qui vient de fort loin, virevolte dans des images surprenantes : attachant, disparaissant aussitôt, jonglant avec les masques, et les ambiguïtés. 

“Faire pivoter l’esprit” ? … Tokbar y réussit.

 

On le croit, il dément puisque “feu errant” et puis partout  talonne l’impatience, bouscule tout vigoureusement, même dans le repos, ailleurs, ailleurs encore. Parfois cousin du chapelier de Lewis Carrol pour qui tragique et rire se mêlent, il devient funambule-danseur-jongleur avec orients et pôles, se change en  ombre, incarne l’incertitude même, tout en ayant par porosité une vigilance aiguisée à déjouer les « rouages du leurre »… qui  (malgré L’âge des Extrêmes selon J. Hobsbawn à propos de notre 20ème siècle)  sont bien plus nombreux et efficaces en ce 21ème siècle et s’avèrent non seulemnt  dangereux dès à présent mais plus encore pour le très proche futur.

Et si l’auteur Michel Cassir,  désire pour les mots du poème la force d’un chant diphonique le temps d’un éclair, il joue aussi avec l’inévitable et puissant chatoiement de la réalité au sens physique de l’attraction/fascination : Beyrouth, Wuhan, Paris,… en  fugitives visions, ou vignettes du quotidien avant la parabole finale ; et  tout au long de son écriture émane l’indéfectible attrait passionné pour l’espèce humaine à la fois si différente et si semblable d’un continent à l’autre.

Le rythme de l’écriture,  le souffle  formidable de bout en bout, font que l’ écho et le rire de Tokbar résonnent encore fort longtemps après avoir fermé le livre, telle une savoureuse incitation… Et par les temps qui courent c’est plus que bienfaisant et salutaire !

Ce 10 Juin 2024

AMJ

La saveur du vent n°18

L'Université de Rebibbia - Goliarda Sapienza - Ed. Le Tripode Traduction : Nathalie Castagné

Si Goliarda Sapienza la nomme université, ce n’est pas uniquement par provocation, c’est bien parce qu’elle y apprit tout ce qu’on n’apprend pas ailleurs.

Tout d’abord elle fait découvrir à ses lecteurs, en même temps qu’elle pénètre dans ce “Dedans”, sa lente descente dans cet univers qui l’absorbe avec ses si longs couloirs interminables, souterrains -“long boyau”- sans rien pour se tenir, s’appuyer, s’agripper. Lente descente qui la soustrait à la société; la sépare : grilles – portillons – toujours plus bas, l’isole – dizaine de portillons cadenassés. Avec ce froid du décor qui monte le long des jambes, l’envahit.                Puis découvertes à chaque instant des éléments qui l’entourent : judas – silence sépulcral – cri  rendant encore plus étrange ce “non bruit”, avec toutes ses tentatives pour un reste de maîtrise afin ne pas attirer l’attention.

Plus tard, ce sera découverte & apprentissage des “règles du jeu” de cette société, puis celle des personnalités si diverses de quelques unes de ces prisonnières. Toutes en manque affectif, en violence contenue qui éclate par moments et… elles parlent, ces femmes, elles se parlent, développant un sens aiguisé et très sûr de l’observation scrupuleuse, sans en rien laisser paraître, mine de rien… ou le contraire. Plus tard encore, par moment, une véritable et extrême mise à nu de l’une ou l’autre à l’occasion de circonstances imprévues d’un quotidien qui vire subitement à l’étrange.

Toute une humanité qui se révèle jour- après nuit- après jour.

Avec cette vitalité à l’œuvre qui un jour va se déchaîner telle une houle dans la puissance des illusions, des colères, et du désir.

Formidable immersion dans ce monde au calme trompeur, bouillonnant de tentatives de réflexions, de confidences brutes, alternant avec des ballottements fatalistes devant l’incompréhensible.

La saveur du vent n°17

Ultime : TODOROV


Le triomphe de l’artiste
Par Tzvétan Todorov, celui qui disait « l’admiration est un point de départ, un aiguillon pour comprendre », voici qu’il nous a laissé : un autre « exercice d’admiration ».

Pour les lecteurs de Chentalinski, la 1ère partie n’apprendra pas grand chose, mais pour les très jeunes, c’est un résumé saisissant de ce début de XXème siècle en Russie soviétique, certes, mais… la mise en évidence de l’engagement dans une pratique artistique et du risque majeur encouru reste encore et toujours d’actualité. Pratique qui malgré les embûches de tous ordres comme Todorov le retrace avec le parcours de Malevitch subsiste grâce à cette formidable force intérieure qui anime tout artiste… L’on y voit aussi Todorov devenir plus critique vis à vis de nos démocraties occidentales où la destruction de la créativité est bien en cours.


Conclusion sans appel : les appétits gigantesques d’uniformisation sont -et seront – encore et toujours à l’œuvre quels que soient les déguisements – grossiers ou raffinés – dont se parent les différentes formes de pouvoirs…

La saveur du vent n°17

Cornélius Castoriadis : Les carrefours du Labyrinthe

Lectrice il y a longtemps des carrefours du labyrinthe, j’aime en relire des fragments régulièrement. En
voici quelques citations.

Les carrefours du labyrinthe – 4 –
* Le vide de signification de nos sociétés, au cœur des démocraties modernes, ne peut être comblé par l’augmentation des gadgets. (p. 61)
* … « la vraie réception d’une œuvre nouvelle est tout aussi créatrice que sa création. » (p. 74)
* L’éducation commence avec la naissance de l’individu et se termine avec sa mort. Elle a lieu partout et toujours. (p.85)
*Un passé vivant ne peut exister que pour un présent créateur et ouvert sur l’avenir.
(p.89)
* (…) le sujet n’est pas une île, et sa formation est lourdement tributaire de sa socialisation par les institutions. Le projet psychanalytique , s’il est accepté, induit ainsi une norme pour jauger les institutions, selon qu’elles entravent ou facilitent l’accession des sujets à leur autonomie et qu’elle sont ou non capables de concilier celle-ci avec l’autonomie de la
collectivité. (p.183)

Cornélius Castoriadis
in La Montée de l’Insignifiance
(T4 – Les carrefours du Labyrinthe – Ed. Point Seuil- )

La saveur du vent n°15

Nadine Agostini

 

 

« Bonjour, je m’appelle Nadine Agostini et je suis écrivantée non pas qui se vante d’écrire mais qui s’épouvante de son écriture écrie crie écrirature pourquoi on dit littérature au lieu de écrirature pourquoi on dit des mots faux et pas des mots vrais »

La lecture des textes de Nadine Agostini provoquent chaque fois une sorte d’interruption…(je ne trouve pas d’autres mots)… dans la pensée, la manière d’être.

Des textes à explosions de sens, de révoltes qui laissent aussi entendre sa voix un brin rugueuse et rageuse.

Ils provoquent un moment en suspens brutal qui entraîne dans une lecture comme dans un rapide et puis nous lâche sur la question et après ? et la suite ? & nous abandonne là, à notre essoufflement, à notre stupéfaction.

En subsiste la trace profonde dans la mémoire, alors on voudrait, un jour, lire toute sa série de textes courts dans un volume rassemblés…alors, … quand ?

AMJ

 

La saveur du vent n°14

JACQUELINE MERVILLE / FRÉDÉRIQUE GUÉTAT-LIVIANI

 

Avec Frédérique Guétat-Liviani, nos complicités en écriture, arts picturaux et travail éditorial nous ont donné le désir de cette exposition au Centre européen de poésie d’Avignon que nous avons appelé 2hOrs :

2 maisons d’éditions hors du flux tant commercial qu’idéologique.
2 installations qui en appellent à l’invisible et au refoulé imposé par les empires phallocratiques.
2 écritures qui vont de la résistance au monde cruel et matérialiste avec sa langue grise mondiale, jusqu’à l’effleurement de la lumière. Toutes 2 nous ne craignons pas d’évoquer les âmes, leurs présences, et l’invisible qui est vitalement fondateur de notre passage en ce monde.

 

 

 

 

Je présente des fragments d’un mur de 108 rectangles dorés où se lisent selon les pas du visiteur dans l’espace des surgissements de signes oscillant entre formes géométriques et calligraphies surnominales, eux aussi dans la palette des dorés. 108 est le nombre désigné en sanskrit par le mot Harshad qui signifie « grande joie ».

J’ai travaillé ces 9 rectangles de 1m x 0,70 m chacun avec des papiers de culte bouddhique, des pigments d’or pour évoquer la présence de l’invisible qu’on peut situer dans la spiritualité, à savoir le désir d’une conscience que les Sages asiatiques appellent le Soi, l’éveil. « Passer de l’autre côté du miroir » lieu du dedans et du dehors où la dualité cesse sans pour autant se détourner ou s’extraire du monde.

Au contraire. En contre point pictural, je présente un travail sur papier fait avec des poudres rouge-piment et des poudres jaune-turmérique, ces dernières sont utilisées dans les soins ayurvédiques entre autres. Monochromes célébrant la force de vie.

Jacqueline Merville partage son temps entre le sud de la France et l’Inde.

 

 

Hors l’espace du livre, il y a également mon travail plastique.

Mes installations allient corps, images et mots, ordonnant ainsi un tout autre alphabet.
Je dessine et j’écris, c’est comme un va et vient entre deux langues.
Je parle ces deux langues et les confonds souvent.
Ce que j’écris, je le dessine avant. La page, c’est le paysage.
Je recueille des lettres, des mots, je les pose sur une surface plane.

Ces mots, ce sont ceux que je porte tous les jours. Sinon, écrire, ce serait une activité de loisir, quelque chose de gracieux mais à côté de ma vie.
J’installe dans l’écriture des mots déplacés, pour les faire entendre ailleurs.Je voudrais rejoindre une écriture d’intempérie qui effacerait les seuils en brouillant l’écho.
Que cette écriture-dessin soit un outil pour écaler le mystère de notre passage ici.

Frédérique Guétat-Liviani 10 mai 2016, Marseille. IO – (29 fragments de peau)

Cette installation est composée de 29 dessins qui sont chacun un fragment de la peau d’Io. Chaque dessin est un poème et de ce fait, chaque dessin a une existence singulière. Tous ont un lien avec la représentation topographique : atlas, carte maritime ou céleste. Seul l’ocre rouge du tracé sur l’ocre jaune de la feuille, nous ramène à la terre mère. Puis l’assemblage des 29 dessins laisse apparaître la peau d’Io, toute entière. La prêtresse dépecée, cependant reconstruite. Au mur, ses morceaux fédérés.

Les TOMBEAUX (9+7 corps inconnus)

Les boites contiennent des corps abandonnés.
Corps d’ animaux, corps de végétaux, corps de lettres. Unis dans la perte.
Fragments juxtaposés dans le silence d’un infime-infini recueillement.

 

La saveur du vent n°13

Revue le Crieur n°3

L’ACADEMIE FRANCAISE,

UNE ZONE DE NON DROIT EN PLEIN PARIS

Encore un article qui dévoile l’une des multiples opacités de notre république, et son obstination à refuser de balayer certains héritages de l’ancien régime… On y apprend notamment l’immense fortune de la maison, le traitement très « particulier, hors XXIème siècle » des 200 personnes qui constituent le personnel… et que « les innombrables irrégularités dénoncées par la cour des comptes ne font jamais l’objet de sanction », que bien des faits sont possibles grâce – et ça ne tombe pas du ciel – grâce à « un vide juridique organisé ».

A l’heure où l’ensemble de la culture est bien mal menée au niveau national, (certaines structures sont fermées, d’autres ont du mal à boucler leur budget, etc) et où la paupérisation des auteurs va grandissant, à quand un vrai remaniement et une juste redistribution ?

Revue du Crieur n°3, co-éditée par Mediapart et La Découverte

Francis Dhomont

Voilà qui ne pouvait manquer d’attiser ma curiosité.


Il faut préciser que Francis Dhomont, pionnier bien connu – et honoré – de la musique électroacoustique, travaille depuis longtemps avec les textes de Kafka ; il est un familier de son univers.


Troisième et dernier volet du cycle des PROFONDEURS, ce disque s’intitule LE CRI DU CHOUCAS*.

L’ensemble des sons – évidemment non identifiables – prolonge chez l’auditeur l’étrange désarroi induit par l’écriture de Kafka ; le prolonge et l’amplifie ou le bouleverse radicalement. Cette profusion a nécessité une construction rigoureuse très équilibrée dans la distribution des courtes citations de textes de l’écrivain tout au long des 12 séquences.

Parmi elles, et il faudrait bien des pages encore pour analyser vraiment le montage acoustique, je note en milieu et fin de la séquence 3 l’emballement sonore en avalanche qui renforce l’engrenage de l’imaginaire avec de brusques retombées vers le concret.

A la séquence 5, pris avec « l’homme de la campagne » dans le rideau sonore, les auditeurs ressentent profondément ce qui agite, ce qui peuple cette attente avec ses à-coups d’espoir/désespoir, son questionnement sans fin.
Et ce mot « Warrum ? », (Pourquoi ?) Qui la clôt
Warrum répété plusieurs fois qui hante l’ensemble de la composition : la question sans réponse possible….


Le thème du père se déploie dans la séquence centrale 6 qui est la plus longue (14 min). Très troublante car au fil de l’écoute se re/découvrent des fragments connus et qui prennent dans cet environnement là, une intensité autre, différente.

Les voix (dont celle de Marthe Robert) transformées, ou non, ajoutent à la dramaturgie générale avec beaucoup de sobriété, contrastant avec les explosions et tourbillons de musique dont Francis Dhomont sait parfaitement, en grand maître qu’il est de la matière sonore, infléchir des nuances inattendues faisant de ce disque un grand bonheur d’écoute qui enrichit tout autant notre réflexion que notre théâtre intérieur.

La saveur du vent n°12

Pour Jean Joubert

Anniversaires, enterrements, commémorations structurent le temps, avec, ainsi, une fonction importante parfois même cathartique pour les vivants qui restent.
La disparition brutale de Jean Joubert, sa soudaineté, l’hommage rendu, ont eu je ne sais quoi d’étrange… Et ce n’est pas seulement sa façon bienveillante de dire à chacune, chacun un mot personnel à chaque rencontre, sa présence chaleureuse qui manquent et manqueront.

Il s’agit d’une porte du temps qui me/nous claque violemment à la figure.
Ce temps du cheminement très différemment parcouru à travers l’écriture.

Depuis 1976, avec le clash qui avait concrétisé des options radicalement opposées, et pendant toute la durée de Textuerre, nous nous croisions dans les rues de Montpellier, certes, mais le regard noir sans jamais nous saluer : disputes non dites, affrontements muets ; l’un et l’autre convaincus d’avoir raison et l’autre tort… Absolument.

Un peu plus de 25 ans plus tard des réunions pour la défense des écrivains ont favorisé un possible regard, un possible dialogue.
Puis, en 2005-6, quand Jean Joubert me présenta à la directrice de la toute nouvelle Maison de la Poésie, Annie Estèves, eurent lieu réunions, lectures diverses et discussions.
Nous savions que l’écart était irréductible dans notre passion pour l’écriture, mais admettant que les chemins étaient multiples, nous arrivions sur certains points à nous «entendre». Du point de vue des idées, nous n’étions pas -libertaires chacun à notre manière – si éloignés car il était d’une attention profonde à tout ce qui affectait la liberté d’expression, il avait été très sensible à la lecture du Cheval de Mingdao ; et je ne l’ai jamais vu aussi jubilant qu’au Musée Paul Valéry, alors que nous étions invités par Maïté Valès-Bled, après ma lecture à propos d’Ana Akhmatova.

Souvent je lui ai envié sa foi, cette foi indéfectible et généreuse qu’il avait dans les mots avec cette flamme de décembriste qui allumait son regard, lorsqu’il s’autorisait à en parler.

L’une des porte du temps a claqué. D’autres chemins nous attendent :

Dans la forêt d’ Il y a

Que le  hacheur de temps
  « Bon appétit, bourreau ! »
se trompe d’horloge
se trompe de quai
se trompe de train
qu’il erre -fou à jamais- dans la gare
au fin fond de la forêt d’Il y a

Pourtant

année pour année
mois pour mois
jour pour jour
heure pour heure
le temps est en miettes

Alors, alors

Alors, après la révolte
des Sabots Rouges
le hacheur de temps fut trouvé
pulvérisé sur les traverses
de la voie ferrée

Maintenant

Nous reste « le merle*
au bec de lumière
 »
celui qui
imperturbablement
sur sable gris ou neige noire
inlassablement
écrit « po-é-sie »

Anne-Marie Jeanjean
10 Déc. 2015

Certains éléments et expressions en italiques font référence au dernier recueil de Jean Joubert, l’Alphabet des Ombres (Ed. B. doucey)
J’ajoute que Textuerre logeait Impasse du Merle Blanc….

La saveur du vent n°11

Je vois de plus en plus rouge

L’art contemporain chez l’habitant !

Exposition/installation
d’Alain Robinet
« l’explorateur de couleurs de matières, de textes, de phrasés » ….

  “ROUGE”

andrinople, cramoisi, écarlate
pourpre, rubis,
carpaccio, Dior,
opéra, Valentin, le petit Chaperon
Rouge
l ‘oeuvre au ROUGE » !

 

Alain ROBINET Je vois de + en + rouge !       

Le crieur

S’il apparaît bien que les technocrates qui nous gouvernent font preuve d’une accablante méconnaissance du rôle de la culture (dans notre pays certains faits laissent peu de doutes…) et que de plus, le réseau de notre diplomatie culturelle à travers le monde ne suscite pas l’intérêt des politiques, là… on a proprement le vertige.

Des historiens ont pourtant écrit bien des ouvrages concernant de grandes figures qui ont su favoriser le rayonnement de notre culture… Il serait urgent de relire ces expériences, mais… les politiques ont-ils le temps de lire… ? Ils « communiquent » avec les communicants, avec des économistes et financiers aux vues étroites…

Pendant ce temps les joueurs de lego techno-scientifiques hors de toute éthique ou réflexion à l’égard des différentes sociétés de la planète continuent dans une fuite en avant perpétuelle. Des pans entiers de savoirs sont relégués, cloisonnés rendant la pensée critique, anesthésiée ou inopérante. Pensée unique, politiques hors sol, communicants hystériques, économistes hagards « courant après la sagesse des anciens » … la vie est passionnante !

Revue du Crieur n°2, co-éditée par Mediapart et La Découverte

La saveur du vent n°10

En tirant sur les mots : James Sacré

Si les « images d’avant»* sont toujours prêtes à surgir, James Sacré -comme souvent- les traite de manière laconique, par à-coups très brefs : ce n’est pas le propos du texte, mais ça court ça et là avec une grande force le long de son questionnement ; ce questionnement récurrent : le pourquoi du poème drainant d’autres multiples pourquoi sous-jacents.

En tirant sur les mots-élastiques pour voir s’ils « tiennent » ?

Viser juste comme avec une fronde ? Qu’est-ce que ça va faire ?

Et… ça fait mouche chaque fois dans la sensibilité de qui va lire et relire. Car il y a cette « petite musique » personnelles, propre à James Sacré qui se reconnaît entre mille, se ressent bien avant, oui, bien avant de commencer à tenter de comprendre un peu. Multiples effractions de la conscience sous l’irruption du réel… Et, sous l’apparente simplicité, tout fuit comme la vie insaisissable « simplement/ qu’écrire est aussi du vivant:/ jamais deux fois pareil », tout en sachant le dérisoire de l’écriture « (…) avoir trimé longtemps. Rien./Pourtant t’es content. » avec l’impossibilité de faire autrement.

Un continuum sans jamais rien de grandiloquent, du “tout-simplement” (très travaillé: pas un seul mot de trop… oh…la lecture à voix haute… !) qui s’ouvre brutalement sur la solitude radicale  : « Comme un geste ensemble/Presque aussitôt tu sais plus » ou tout à coup sur la terrifiante condition de l’humain si précaire « Et d’un coup ta guenille/Comme un manteau de roi, carnaval. » Il faut lire & relire James Sacré !

* Enfance-adolescence à la ferme paternelle

James Sacré – EN TIRANT SUR LES MOTS – Ed. Potentille – 7 Eu. –

 

La saveur du vent n°9

Inès Wickmann : deux vidéos

Inès Wickmann : deux vidéos

J’ai pu voir récemment deux vidéos à « la baignoire » pendant le festival «KLANG» à Montpellier.

Musique : Francis Dhomont

Dérive

Une nature luxuriante plein écran nous émerveille, et parfois l’écran coupé obturé, assombri, nous place en observateur d’une scène banale à travers un « soupirail ». Parfois des silhouettes avancent, disparaissent, réapparaissent très provisoirement… qui me remettent en mémoire les poèmes de Toge Senkichi… Nous sommes projetés entre effroi, stupéfaction et beauté… Inès Wickmann pointe tout en force, en une violence délicate ce vers quoi l’humanité semble bien aller…

L’Ailleurs, toujours

Première image : une femme (vue d’en haut), avance. La souplesse de sa marche, à peine dansante, intrigue car elle est toute entière dans le rythme qui lui est propre, dans une belle démarche déliée. Et rien ne semble – ni les marches de la « calle sin salida », ni les panneaux indicateurs muets, ni les paysages changeants- altérer, arrêter la tranquillité mouvante et ferme de son pas.

Plus tard, plusieurs autres … jupe blanche ou jupe noire, corsage blanc ou corsage noir, chapeau blanc ou chapeau noir, avec toutes le même grand sac blanc ou noir… lui emboîtent le pas selon une sorte de diagonale.

Inès Wickmann travaille chaque « image » de manière très précise ; son grand atout : ne pas avoir besoin des mots… ou si peu ! De plus, la musique de Francis Dhomont est dans une telle symbiose avec les images que l’ensemble déclenche ainsi une cascade de questions/réflexions, troublant efficacement la sensibilité de chacun devant la gravité des thèmes effleurés dans l’exigence esthétique sans faille des deux créateurs…. Quel rare et beau moment !

 

Les olympiades truquées

"La vérité est ce qu'elle est... certes, mais Joëlle Wintrebert la rend passionnante et nous entraîne en ces jours de conformisme sans réflexion, dans une féroce et joyeuse dialectique particulièrement décapante et bienvenue !."

C’est un roman. Oui. De Science-Fiction. Oui.

Attirée (en principe ?!!???!) ni par l’un ni par l’aut

re généralement, je suis pourtant bien en peine de m’extirper de toutes les réflexions suscitées par sa lecture…

Comme pour tout texte d

e SF, la technique la plus sophistiquée est omniprésente au quotidien : monitor avec électrodes et palpeurs programmant injections percutanées qui, selon les résultats enregistrés, délivrera un plateau-repas parfaitement adéquat, robot matinal qui réveille, module la douche, suggère (en tissu qui respire…) le vêtement du jour, selon temps et température, enregistre et exécute les ordres etc, taxi-bulle et autres merveilles qui se découvrent au fur et à mesure de la vie des protagonistes.

C’est l’histoire parallèle de deux adolescentes : l’une du Sud (les noms fleurent bon le terroir par opposition à tout le contexte) à l’identité solide, très douée pour la natation, a accepté de signer un contrat qui va la contraindre à subir un programme drastique sur le plan physique et psychologique élaboré par des scientifiques (grands fonctionnaires d’état) qui en fait détournent hors de tous scrupules éthiques, une découverte scientifique pour les objectifs sport/spectacle au service d’une forme d’état totalitaire. L’autre personnage est une jeune fille, clone d’une célèbre musicienne morte dans un accident, clonée grâce à la volonté du mari de cette dernière, savant réputé et homme de pouvoir… Mais ce clone rêvé docile et substitut de l’épouse aimée, lui réserve bien des surprises. Le point commun à ces deux héroïnes : une combativité à toute épreuve que n’arrivent à éteindre ni traitement chimique, ni manipulation techno-psychiques, ni terribles péripéties éprouvantes.

A ces personnages s’en ajoutent une foule d’autres très contrastés; si Stars des stades, “neutres”, “Gen +” occupent les officiels de l’Etat, dans les marges de cette société s’activent “garçons sauvages” , pseudo secte, idéalistes et largués de la vie qui donnent un riche foisonnement de réactions et de situations.

La construction particulière, ces séquences très courtes (1 à 5 pages) appelées chapitres, produisent une dynamique très rapide à l’ensemble avec des rebondissements, des surprises, des cassures parfois tout à fait réalistes (notamment chapitres IV – X – XII – XXI) ouvrant sur des “ailleurs” soudainement (mais qui ne seront explicites que plus tard), permettent à l’auteure de briser la logique linéaire tout en gardant l’intensité des différents suspens de “main de maître”.

Habilement Joëlle Wintrebert à travers ces situations imaginaires, fait se poser quelques- unes des questions fondamentales pour nos sociétés vers un demain déjà là… et déclenche un bien réel vertige face à la réalité, pimenté par son humour jubilatoire puisque chaque en-tête de chapitre est un slogan publicitaire poussé là-aussi dans les extrêmes. Regard critique et décapant donc… qui –avec le temps qui passe – déborde, me semble-t-il, amplement l’étiquette initiale du roman.

La vérité est ce qu’elle est… certes, mais Joëlle Wintrebert la rend passionnante et nous entraîne en ces jours de conformisme sans réflexion, dans une féroce et joyeuse dialectique particulièrement décapante et bienvenue !

LES OLYMPIADES TRUQUEES – Joëlle Wintrebert – Ed. J’ai Lu

La saveur du vent n°8

Trobairitz

Une quinzaine de poètes, dont Martine Biard, sont réunies dans cet ouvrage: Sabine Sicaud, Sabine Aussenac, Claude Ber, Sylviane Blineau, Fred Coquillat, Antoinette Dard-Puech, Sylvie Durbec, Chantal Enocq, Marie-José Fages-Lhubac, Anne-Marie Jeanjean, Danielle Julien, Hélène Nesti, Sonia Orduna, Simone Salgas.

Martine Biard a rassemblé non seulement leurs textes, mais elle a aussi demandé réponses à quinze questions précises qu’elle a réparties de diverses manières selon les poèmes.
Ce parti pris donne une cohérence intéressante et étonnante à l’univers de chaque participante.

Sans doute est-ce judicieux puisque ce n’est pas la « ligne » par école, tendance ou chapelle qui a guidé ses choix.
Cette diversité d’approches donne un foisonnement, une énergie qui à travers les poèmes réveille la mémoire jusque dans les replis des siècles. Et il est tout à fait réconfortant de voir combien cet ancrage dans la langue leur est essentiel : des lieux communs qui reviennent en boucle depuis plusieurs siècles (portés par les normes masculines et intégrés par nombre de femmes) elles ont pleinement conscience, mais …elles œuvrent imperturbablement.

Lors d’une récente conférence, Alain Badiou ne disait-il pas que les femmes devaient se détourner de tout ce qu’on leur proposait, surconsommation effrénée, course au pouvoir vide de sens, etc… ? Celles-ci ne transigent pas, elles ont choisi depuis longtemps.

Préface de l’helléniste André Vinas – couverture « Après l’orage » du peintre Gaëtan Biard
Trobairitz – Mille Poètes en Méditerranée – 270 p. – 20 Eu.

Ana Barkova

"Rendre vivante la voix d’une femme-poète solitaire, l’extraire du silence et de l’oubli, voilà une fort belle mission réalisée par Catherine Brémeau.."

D’ Ivanovo en 1901 au 29 avril 1976, non loin de Moscou, voici un parcours à travers le temps, les lieux divers qui ont jalonné la vie d’une poète inconnue du public français : Anna Barkova.

Catherine Brémeau trace d’abord avec une grande précision, paysage, contexte économique et historique d’Ivanovo, ville de l’industrie textile. Le climat oppressant, les bouleversements de l’époque, laissent peu à peu apparaître un étonnant portrait.

Barkova, femme au destin si singulier, si éprise de liberté (ce qui fait lien avec Akhmatova malgré ce qui les sépare ) celle qui senti peser sur elle la mort, tout d’abord celle de ses frères et soeurs, sans compter la misère qui imprègne tout…

Mais voilà 1917 : l’espoir dans la conversion aux idées nouvelles du temps et même une sorte de renom, très vite, puisqu’elle fut remarquée par Lounatcharski, commissaire à la culture. Elle sera LA poète-femme-prolétaire que les nouveaux gouvernants attendent.

Las… quelques années passées au Kremlin lui laissent voir l’envers du décor et la renvoient dans une désillusion critique qui ne prendra fin qu’avec elle-même.

En 1924, elle a pleinement conscience que jamais elle ne se conformera (et là aussi elle est bien proche d’Akhmatova) au « formatage » de ce présent-là ou à celui d’un quelconque lendemain idéal.

Que les angélismes ne célébrant que le futur aient un envers de barbarie, elle va le vivre pendant une quarantaine d’années, de goulags en exils.

Mais sa force intérieure, sa parole poétique avec tout ce que cela comporte d’indéfectible attention à l’humain, d’observation fine, lui permettront mieux que de survivre : malgré barbelés, privations, brimades et dures corvées obligatoires, (…) elle a trouvé sa « musique personnelle » faite d’irrégularités rythmiques, une accentuation du vers plus populaire que savante, une sorte de bégaiement sur fond d’harmonie.

Les dix dernières années plus « stables », la verront réhabilitée, et même aidée un peu par l’Union des Écrivains.

Catherine Brémeau a pris soin de placer quelques poèmes en cours et fin de volume et nous pouvons nous rendre compte à quel point en effet elle fait partie de cette génération de poète qui n’en finit pas de nous interpeller. Pas de fioriture, aller à l’essentiel dans une grande sobriété nous fait souhaiter vivement une lecture prochaine de son œuvre…

En tout cas, rendre vivante la voix d’une femme-poète solitaire, l’extraire du silence et de l’oubli, voilà une fort belle mission réalisée par Catherine Brémeau.

Catherine Brémeau – L’Harmattan – 265 p. – 24.50 €

La saveur du vent n°7

L'art de Shanshan Sun

"Shanshan Sun fait partie de ces artistes dont l’œuvre n’a pas besoin de justifications ou d’explications."

Comme tout bon lettré chinois Shanshan Sun pratique naturellement la calligraphie peinture.

Cette unité mentale sous-tend également sa parfaite maîtrise du lavis d’encre de Chine tout à fait indiscutable.

Il faut simplement suivre chaque nuance de noir intense jusqu’au voile très légèrement grisé, que nous offre le jeu hautement technique sec-humide du papier de riz et/ou du pinceau dans lequel il excelle, pour percevoir l’émotion subtile retenue, ou son contraire.

Mais pour l’une comme pour l’autre, dans une gradation de tons où le geste sait utiliser le hasard dans les réactions du support si fragile qu’est le papier de riz.

Shanshan Sun fait partie de ces artistes dont l’œuvre n’a pas besoin de justifications ou d’explications interminables, voici trois encres que nous pouvons observer pleinement à notre grès selon les moments et les fluctuations du jour…

Shanshan Sun : une série de vidéos Youtube

Bota, personnage de Joëlle Wintrebert

Bota : personnage imaginé par Joëlle Wintrebert dans son roman LES AMAZONES DE BOHEME et dont j’essaie de cerner l’impact dans l’ouvrage.

Cette plongée dans l’ époque non encore christianisée a relancé mon questionnement vers les « wu » de Chine, tant certains aspects singuliers du personnage de Bota semblent proches de ce qui s’est écrit malgré la différence et d’époque et de culture.

La saveur du vent n°6

Hypatie d'Alexandrie

Après un regard critique sur les légendes véhiculées en Occident, Maria Dzielska esquisse le portrait moral et intellectuel de la philosophe.

Portrait d’autant plus intéressant que l’auteure s’appuie sur :
– la correspondance de l’un de ses disciples : Synésios de Cyrène
– les écrits de Socrate le Scolastique, et autres passionnants documents qui restituent le climat intellectuel d’Alexandrie, la circulation des hommes et des idées dans tout le bassin méditerranéen avec tout le brassage des traditions qui se côtoient aux 4ème et 5ème siècle, ainsi que les différents courants sectaires agitant une église chrétienne toute occupée à accroître son pouvoir…suite

Hypatie d’Alexandrie – Maria Dzielska – Editions des Femmes

Petits événements poétiques et scéniques

Jean-Louis Estany : une première avec ses « Petits Evénements Poétiques et Scéniques » au Théâtre de Clermont l’Hérault ! Il a entrepris de commencer à cerner ce qui fait question maintenant quant à l’écriture, à la poésie, à son ouverture aux techniques du son, à l’espace… programme complexe et passionnant… à suivre !

En effet, l’échange entre les invités, aurait pu durer très longtemps… Ensuite lecture de Christian Prigent très appréciée comme chaque fois…

Quant à Jean-Marc Bourg, il a gagné son pari.

Se colleter à Une phrase pour ma mere est une gageure : souvent ceux qui le connaissent ont en mémoire les fragments lus par Christian Prigent avec, son rythme, son phrasé particuliers, éléments qui resurgissent toujours lors des lectures silencieuses… J’avoue avoir été pour le moins très dubitative. Jean-Marc Bourg suit le texte, le porte, le déploie, en fait miroiter les facettes avec juste, juste ce qu’il faut pour faire jouer toute la richesse du puzzle textuel. Il n’en confisque pas le côté critique, décapant, il le restitue en des moments drôles, pleins d’ironie en comédien qui, avec une grande finesse, reste au plus près de l’écriture… pour un maximum d’effets de rebonds vers le public. Grâce à Jean-Marc Bourg, je vais pouvoir relire ce texte tout autrement.

Un seul regret : Claude Guerre, présent au Théâtre de Clermont l’Hérault, trop discret… (je n’ai pas pu assister à sa lecture la veille) Sa trop brève évocation de l’histoire de la voix enregistrée, des poètes à la radio, à travers son parcours, son expérience unique… qui est celle justement d’un homme de radio, d’un poète et d’un comédien.

La saveur du vent n°5

A propos des graphismes de Krochka

Très serrées dans leur apparente régularité – ovales bulles – plutôt boucles de

Rien… (du fil à l’encre ?… pas si sûr)… rien que trace ludique

Illisible -intrigante- et même (pour certains) scandaleuse, voire Cabalistique par son graphisme cadencé montrant quelques cajoleries au temps

Oblivieuse course à l’éphémère en ses ruptures voulues …seulement

Trait sismique révélant le frémissement de l’instant dans ses trouées inattendues.

ou… la volupté de l’outre mot.

Le plus souvent à l’encre (avec une petite plume très pointue), parfois au fusain ou graphité, Krochka exprime, traduit… elle écrit sans les mots qu’elle sait tenir à bonne distance. Elle répète une trace presque toujours la même, mais les accrocs plus ou moins prononcés, les resserrements ou leurs contraires vont rompre le rythme, perturber un sens inattendu chaque fois pour qui veut prendre le temps de « lire » déchiffrer ou interpréter ce que le peintre donne à voir.

Comme dans ses toiles on retrouvera une grande rigueur…certes, mais on découvrira peut-être une forme d’ironie secrète tout à fait subtile.

Nombre de ses graphismes ont été exposés à Paris (Salon Réalités Nouvelles) Galerie Gimpel-Muller, chez Laurence Mauguin, aux NEO, à Aubais (Galerie H et D Nick), à Bonn au Kunskabinett, à Montpellier, Villa des Cent Regards.


Krochka et Anne-Marie Jeanjean: Livre d’artiste, La nuit du treize septembre, Tardigradeditions

J'logo dans l'lego des mots...C'est Alain Robinet

"J’imagine plein de choses à inventer avec ce texte. lisez-le… tout simplement.."

C’est un de ces textes que certains rejettent (c’est pas d’la poésie !), tandis que d’autres ouvrent le livre pour un fin moment de… « dégustation », de découvertes.

J’avoue que je fais – encore – partie des seconds… eh oui, on ne se refait pas.

Pour le faire découvrir à quelques questionneurs interloqués, j’ai simplement dit : il faut m’lire à voix haute, le chuchoter, le chanter, le crier… (on m’a dit « c’est du slam alors »… mmmouais…un peu cousin par moments… mais ça vient de plus loin, et avec « quelques nuances »…)

Avec Alain Robinet, en général, le rythme embarque son lecteur sans ménagement. Il faut se laisser accaparer d’abord par le rythme, s’arrêter et s’y reprendre à plusieurs fois pour entrevoir les doubles ou triples sens de ses mots concassés.

Mais, pourquoi tu lis « ça » !? s’agace une très jeune voix.

Pour prendre une bonne « douche de mots », « ça » comme tu dis, me rafraîchit les yeux et les idées, « ça » fait un bien fou à mes neurones… et bien plus de lecteurs devraient le lire.)

« C’est là qu’J’ludo dans le lego du logo
en briques, en boules,
qu’J’Jongle, qu’J’Jongle
solitaire dans cette jungle de…
J’ bringue qu’J’ balle des ballots d’mots
comme des lingots linguaux
JE, comme un Bill Boket, ok ? »

J’imagine plein de choses à inventer avec ce texte. lisez-le… tout simplement.

Alain Robinet – J’lego dans l’logo.S des mots
L’Harmattan – ISBN 978 2-296-03946-9 – 64 p. – 10 Euros –

La saveur du vent n°4

C'était salle Molière !

Edgard Allan Poe… avec Le Corbeau… un poème aussi connu, toujours présent à notre mémoire, peut-être un piège terrible pour des acteurs.

La lecture entre Eloïse Alibi (anglais) et Julien Guill (français) avec les deux langues en écho – et ce n’est pas si souvent qu’on a l’opportunité de les entendre et de les écouter ainsi – fut un moment magnifique avec une grande force de part et d’autre, rendant le tragique et l’émotion du texte on ne peut mieux.

Emily Dickinson… un aperçu sobre avec Juliette Mouchonnat, quel bonheur ce serait d’avoir une soirée à lui consacrer… Walt Whitman : on a pu se rendre compte – ou découvrir – à quel point il fut en prise avec les problématiques de son époque. Un poète n’est pas seulement quelqu’un à l’écart du monde, il est à son écoute dans une pensée critique, on l’oublie trop souvent.

Et… A. Ginsberg. Il fallait oser le proférer ce texte vers le public pour lui faire partager les exaspérations de l’auteur par une accumulation de chiffres.

On avait envie de rejoindre ces comédiens/poètes… de boire un verre de vin avec eux, d’écouter cette musique sur leur vieux pique up… de travailler et de déclamer avec eux… on en redemande.

En bref, la force des textes servis par des comédiens sans aucune concession ni séduction facile, voilà qui fait de la poésie, dans toute sa rigueur et sa beauté, un véritable moment d’émotion certes, mais aussi de réflexion.

Merci encore à la Maison de la Poésie et aux trois comédiens.

* 29 mai 2010 proposé par la Maison de la Poésie Languedoc dans le cadre de la Comédie du Livre

LES CINQ REVES DU SCRIBE – BAHIYYIH NAKHJAVANI

"Il me semble tout à fait impossible d’écrire un tel livre sans avoir approché au plus près délices et enfers de la calligraphie."

D’emblée le mot Scribe est pourvu d’une majuscule, le prisonnier lui, attendra la deuxième séquence pour être ainsi distingué.

page de shekalesh, calligraphie persane

Le Scribe a cette particularité extravagante pour notre époque… l’ongle de son pouce droit est taillé de manière à lui servir de calame (lorsqu’il y a pénurie de roseaux pour « écrire un poème sur une papier d’une douceur exceptionnelle »… poème que jamais nous ne lirons.).

Son identité incertaine faite de « on dit » ne se précise guère tout au long de ce « roman » aux saveurs de conte oriental, que ce soit hors les murs ou à l’intérieur de la citadelle « devenue prison pour les rebelles et les hérétiques notoires ».

Tout au long du livre, Bahiyyih Nakhjavani nous emmène avec ce scribe sans maître : il n’est pas prisonnier de la citadelle, lui, mais seulement prisonnier de sa propre folie passion pour un poème à venir dans son irréelle perfection sur un papier tout aussi idéal.

Il me semble tout à fait impossible d’écrire un tel livre sans avoir approché au plus près délices et enfers de la calligraphie, avec sa tentation vers l’absolu entre la joie exaltée et l’effondrement désespéré.

Interrogation scientifiques et philosophiques se croisent dans des situations parfois tout à fait kafkaïennes jusqu’au malaise. Bahiyyih Nakhjavani sait très bien créer la fascination avec ses figures centrales privées de traits trop précis ou particuliers, qu’elle rend par cette économie de moyens très calculée, si représentatives. Tout autour d’elles, fourmille un petit monde de personnages cosmopolites – croqués, à l’inverse, de manière précise et incisive-, curieux questionnants et pleins de vie où l’humour fait irruption dans des scènes quotidiennes, triviales, drôles et colorées.

Le Scribe, prisonnier de sa passion, ne serait-il pas le pauvre double-négatif très humain de l’autre « prisonnier » énigmatiquement lumineux et invisible ?…

De toute manière son questionnement ne peut être que profondément troublant pour qui a affaire avec l’écrit et plus encore pour ceux et celles qui se réclament encore du geste, ce geste -dans notre civilisation du clavier et de l’écran – profondément archaïque* et jouissif… de la trace, que ce soit avec plume, calame ou pinceau.

Et la citadelle, …n’est-ce pas aussi l’écrit lié au savoir ? Mais alors… d’une citadelle à l’autre on se doit de cheminer…

Février 2010 – Acte Sud – ISBN 978-2-7427-6935-3

* Geste : dont nous n’avons pas encore assez justement évalué à quel point il est l’une des bases solides quant à la construction d’un être humain… geste ô combien salutaire dans cette civilisation robotisante à fabriquer de futurs presse-boutons.

La saveur du vent n°3

JULIA KRISTEVA, SEULE UNE FEMME

« Et pour tous les êtres parlants, hommes ou femmes, le féminin est le premier autre qui peine à se faire entendre. »

La journée a commencé ainsi avec cette citation… merci à J. Kristeva pour cet ouvrage Seule une femme paru aux Editions de l’Aube. Tous ces articles, portraits, entretiens, (dont les dates de rédaction/publication vont des années 1970 à 2006) stimulent toujours la réflexion, les souvenirs aussi…

Dans la dernière partie du livre Guerre et Paix des Sexes (Introduction à l’Université européenne d’été, sept. 2006) au sujet de Arendt, Klein et Colette, je surligne avec joie : « De manière différente, chacune de ces trois femmes identifie la vie et la pensée, au point d’atteindre cette félicité extrême où vivre c’est penser-sublimer-écrire. »

Lire, lire, lire et relire, crayon en main, noter, voilà un livre qui ne risque pas de se faire oublier et… qu’on ne referme pas « comme ça » …

Black Sunday

"Il faut pouvoir lire ce récit comme l’éloge de l’essentiel.."

La vie n’est pas un dû… on pense le savoir…

En fait, mieux vaudrait ne rien écrire à propos de ce récit dont le titre nous renvoie immédiatement, ici, aux images vues sur l’écran de télévision.

Jacqueline Merville nous fait, involontairement, éprouver cette différence entre image et texte : le rythme par saccades affolées, fait terriblement ressentir ces moments de course, de fuite, de stupeur, de course, de fuite, de remémoration, de réflexe pur avec une grande sobriété de moyens.

Chaque phrase est importante pour en 92 pages exprimer ce qui a été ressenti à cet instant, un trou dans le corps, plus loin que la pensée.

Ce bouleversement radical, fondamental qui est de se trouver au c½ur de l’intense fragilité de l’être humain dans sa solitude, et aussi dans la fugacité de l’espèce humaine face à l’autre loi, celle des cosmos, des mouvements de la terre et des masses liquides dans la seule fulgurance.

Il faut pouvoir lire ce récit comme l’éloge de l’essentiel.

Et tant pis pour les larmes sur le papier.

ISBN 2-7210-0514-6 – Ed. des Femmes – 92 p. – 9.50 Euros

La saveur du vent n°2

Jean-Luc Lavrille – Hurraman Scriptu

"C'est tant mieux pour ceux, qui s'acharnent avec passion à décryptécouter ses pages."

D’autres avaient déjà porté loin ce type de traitement de la langue… maintenant il y a Lavrille.

Et il se livre à un si drôle de jeu, que par moments, il semble laisser lui échapper; le trampolino l’emmène parfois ailleurs – rapprochement – fermeture brutale – éloignement… comme pour mieux entendre une rage enfouie qui lui fait faire des embardées…

Ce qui est profondément agaçant c’est qu’il m’entraîne (« je » ayant décidé de poser ma plume) , à re-écrire, à contre écrire, car de la démarche consciencieusement menée, le rythme surgi de très loin fait réagir inévitablement à travers « dons » (aveux ?) par éclairs et fermetures.

Comment résister à la logique de ce jeu fou de/avec la langue ?
Pas faciles à emprunter les dédales de son « gueuloir »… et c’est tant mieux pour ceux qui s’acharnent avec passion à décryptécouter ses pages.

Tarabuste éd. – ISBN 2-84587-093-0 – 10 E.

Deing Daikun

Deng Daikun vit et travaille à Chengdu (Chine).

Deng Daikun calligraphie 1

Ses calligraphies ont été publiées dans les plus importantes revues nationales telles que : Peintures chinoises, Calligraphies chinoises, Journal de la calligraphie, Gravures, Calligraphie et peinture. Il est également l’un des plus éminents graveurs de sceaux.

Devenir un grand maître comme il y en a peu dans l’histoire de la calligraphie chinoise, rejoindre les grands noms tels : Wang Xi Zhi (303-361 ), Zhang Xu (658-747 ), Hai Su (737- ? ), Yan Zhen Qing (708-784), Mi Fei (1051-1107), Huang Ting Jian(1045-1105 ), Wang Tuo (1592-1652 ), Lin San zhi ( ? -1902), qui l’ont fasciné au point de vouloir s’inscrire dans cette lignée réputée pour sa cursive, voilà ce que fut très tôt son vœu exclusif.
Désir amplement réalisé puisqu’on le dit roi de la petite cursive, or « l’histoire de la calligraphie chinoise est l’histoire de la cursive » aime-t-il à affirmer.

Il commence dès l’âge de 5 ans à étudier et pratiquer la calligraphie avec un professeur du nom de Li Zhi Xiu dont le père, Li Kong Pu, lettré possédant une immense bibliothèque de livres anciens, en permettra l’accès au jeune élève dès qu’il aura atteint une douzaine d’années. Cette amitié par les livres dans l’âge impossible entre le vieillard et l’enfant va contribuer à faire de lui un érudit des textes classiques anciens. Enfermé dans une petite pagode fermée à clé où il est entouré de livres prêtés par Li Kong Pu, il va jour après jour, nuit après nuit, en copier la plupart fidèlement.

Pendant la période de la révolution culturelle alors que maints ouvrages sont brûlés, Daikun, âgé de dix neuf ans, regarde les gens s’engouffrer dans cette agitation destructrice et ne pense qu’à cet ouvrage intitulé Ru Lin Wai Shi*, roman très célèbre de la dynastie Qin écrit par Wu Jing Zhi qu’il entend menacé. Deng Daikun calligraphie 2

Très pauvre, vivant sans électricité, il parcourt quarante kilomètres à pieds et dépense quatre yuans pour la location de l’ouvrage qu’il va recopier à la lueur des chandelles pendant des nuits, se trouvant à l’aube dans une sorte de paralysie, conséquence de la fatigue et de l’immobilité.

Les quatre livres et les cinq canons, Lao Tseu, Confucius, tous les philosophes classiques, sans oublier les cinq livres de Mao Tse Dong parce qu’il en estime hautement la qualité calligraphique, feront partie de son « chantier ».

Plus tard, dans un atelier de seize mètres carrés qu’il baptise Pagode d’étude privée, il mène pendant vingt ans une vie d’ascète, mangeant peu pour pouvoir acheter des livres, travaillant avec acharnement la calligraphie, continuant sans cesse à étudier.

A vingt quatre ans, il rencontre Cheng Chang Hou, le plus éminent calligraphe dont il devient un ami très proche. Cette amitié, son admiration, vont exacerber sa passion pour cet art calligraphique… C’est l’époque où tous les calligraphes sont considérés comme de vieilles choses appartenant au capitalisme ou au révisionnisme, il va donc devoir user de stratagèmes pour se protéger, comme par exemple découper des modèles d’écriture des grands calligraphes pour les coller dans un livre ordinaire qui peut passer tout à fait inaperçu, comme il l’a fait pour la préface de Wang Xi Zi en découpant chaque caractère… Il affirme que malgré toutes les vicissitudes rencontrées, il est le plus heureux des hommes parce qu’il a pu lire, copier, étudier 40 000 livres.

Sans oublier la courante, la qualité de la cursive notamment, est la marque des plus grands calligraphes, elle permet de percevoir finement la personnalité de l’artiste.
Pendant l’année 1975 Zhao Wen Yu, éminent calligraphe sichuanais, lui donne des cours.
En 1977, il suit l’enseignement du célèbre calligraphe et critique Li Xing Bai, directeur de l’institut de peinture chinoise, premier expert de la maison Rong Bao Zhai** et dont il devient le disciple le plus apprécié.

En 1979, enfin, c’est Lan Lu Sun, le célèbre graveur qui parachève son savoir-faire déjà immense.
Pour se moquer de lui, ses pairs disent : six fois médaille d’or nationale et internationale plus trois immenses maîtres, voilà le phénomène Daikun ce à quoi il rétorque ce n’est pas tout à fait correct. Je crois seulement à trois mots : ressentir/comprendre et travailler.

Enseignant d’honneur dans plusieurs universités de Chine, Daikun n’a qu’un rêve : faire partager la calligraphie chinoise au monde entier.

Deng Daikun calligraphie 3
Reconnu comme le plus grand calligraphe chinois en 2007, il est dans l’histoire de la calligraphie le seul à l’être aussi jeune. Dans son auto-biographie Silence de la vie il écrit : j’admire la création je vais me vouer entièrement au dieu invisible.
Il faut bien préciser que sa virtuosité trouve aussi son ancrage dans son immense érudition. A l’heure actuelle, il est le seul à pouvoir lire et interpréter les écrits de calligraphes anciens puisque cela réclame des connaissances paléographiques, socio- historiques et littéraires.

Shanshan Sun, son disciple le plus proche, commence à travailler avec lui vers sa vingtième année, alors que Daikun est le calligraphe le plus en vue du Sichuan.
Cet enseignement ne consiste pas à ce stade, en exercices : ce sont d’abord l’observation des travaux de Daikun, les démonstrations sobres et les suggestions, … car, peu disert est le maître, adepte du célèbre celui qui parle ne sait pas . Peu à peu vont se produire des échanges de point de vue, d’études, d’expériences jusqu’ au départ de Shanshan Sun en 1990, le temps de créer une indéfectible amitié. L’installation en France, ne va pas pour autant arrêter leur échange qui continue par courrier : envois de travaux, retours de commentaires, suggestions de comparaisons.

Comprendre et ressentir sont les deux pôles de l’enseignement de Daikun pour que l’émotion intérieure en fonction de la sensibilité personnelle profonde puisse nourrir le tracé visible; et tous deux s’accordent à dire La calligraphie chinoise déborde la calligraphie.

Titres les plus importants décernés à Deng Daikun

  • Directeur de l’Institut de calligraphie et peinture de Chengdu
  • Membre du comité directeur de la Société des Calligraphes Professionnels
  • L’un des six experts spécialisés pour les objets de l’antiquité
  • Calligraphe premier niveau, l’un des rares artistes distingués officiellement par l’état
  • Président de la Société de Calligraphie Cursive
  • Dix sept fois couronné grand prix de calligraphie au plan national
  • A obtenu plus d’une centaine de prix internationaux (médailles or-argent-bronze)
  • Candidat pour l’Asie élu trois fois par les Nations Unies
  • Elu en 2007 comme ambassadeur contre la pauvreté et a participé à de nombreuses manifestations pour cette cause.
  • Choisi par l’état pour enseigner la calligraphie aux ex-ministres dont le ministre de la culture (en Chine une fonction avec une importante responsabilité implique une bonne connaissance de la langue, donc de l’écriture et donc de la calligraphie…)
  • Calligraphe & chercheur érudit, il est également un collectionneur passionné.

* roman considéré comme le plus critique, de manière directe et comique, satire du système impérial, des examens et de tous les domaines
** Li Xing Bai enseigne maintenant dans une université américaine et séjourne régulièrement en Chine.
*** Galerie qui expose les calligraphes contemporains les plus reconnus, c’est également un atelier et la marque de maints produits pour la calligraphie.

La saveur du vent n°1

Juste une fin du monde

"C'est bien parce que l'auteure a traversé ces deux violences-là qu'elle ne peut que les confronter."

L’écho de l’une à l’autre de deux formes d’expériences limites, l’une ancienne et personnelle, l’autre récente et collective, fait la substance de ce livre.

Un incident banal, une femme s’exprimant à la télévision, devient facteur déclencheur et fait voler en éclats la poche protectrice de silence qui enveloppait un événement personnel débordant tout langage. L’auteur relate alors tout ce reflux vers la conscience, tout ce vu, ressenti, éprouvé, gravé dans la mémoire psychique/corporelle à travers une écriture très épurée. Elle en a placé le récit au centre du livre qui s’ouvre et se termine avec l’évocation de la catastrophe collective.
Les mots les plus simples, resserrés, provoquent une émotion qui pousse à lire de manière folle et rapide les premières cinquante pages où l’on va du Golfe du Bengale à une plage d’Afrique – à travers l’hyper conscience qu’elle a des faits. L’écriture, dépassant l’individualité, rejoint le questionnement sur le présent de l’espèce humaine coincée entre deux forces violentes : celle extérieure propre à la vie de sa planète et celle, protéiforme comme suggéré à différents moments, intrinsèque à l’espèce.

C’est bien parce que l’auteure a traversé ces deux violences-là, qu’elle ne peut que les confronter. A cause de la dernière, celle inouïe qui a tellement ébranlé toute certitude, comme on a pu le lire dans « The Black Sunday », elle peut aborder cette part blessée, s’extirper de ce « là-bas » de douleur, se re-situer dans « l’ancestrale colère des femmes » et dire « non ! » pour pouvoir écrire ce texte qui soulèvent et/ou réactive maintes questions.
De cela Jacqueline Merville rend compte, avec – aussi – l’inévitable traversée de la solitude par tout rescapé qui risque de se blesser de se briser encore davantage selon l’incompréhension rencontrée.

Il faut insister sur le fait que l’accès brutal à la fragilité -dans sa beauté tragique- de l’humaine condition, est déjà considérable… y mêler en plus la violence la plus cachée/déniée, celle du sexe qui, en outre, s’appuie sur celle du racisme inversé… pas étonnant que ce texte laisse « sans voix ».

Pour ma part, depuis plus de quarante ans que je lis-cherche à travers les textes (*) évoquant les expérience limites de l’humanité, j’arrive toujours à la même réponse que Jacqueline Merville rappelle: le réel est cru, sans dorure. Il est le désastre.

Ces quelques vérités …simples et si essentielles ne sont-elles pas – religions et idéologies diverses le démontrent chaque jour – impossibles à admettre ?
Avec la rigueur et l’esthétique qui caractérisent son écriture, Jacqueline Merville nous oblige à les regarder en face, ce qui est hautement salutaire par les temps qui courent.

Anne-Marie Jeanjean Oct. 08

(*) Cf. : à l’occasion de la traduction des « Poème de prison » de Liao Yiwu – ou du texte « Toi, elle, la seule » inédit en hommage à Anna Akhmatova, etc.

De l'universel...François Julien

"Un vrai et rare bonheur contre la morosité ambiante."

Voulez-vous, pendant 263 pages, faire un parcours éblouissant en quelques treize chapitres tout à fait jubilatoires ?

Seriez-vous curieux de savoir d’où vient, depuis le vieil Héraclite, ce concept d’universel et jusqu’où il peut nous mener dans l’avenir ?

Les universalismes faciles, figés, satisfaits d’eux-mêmes, le relativisme tièdes et paresseux, la normalité stérilisante, la grise uniformisation mondiale vous insupportent ?

Plongez-vous alors sans attendre dans une réflexion dynamisante.

Celle de François Jullien qui, utilisant l’héritage de la Grèce aussi bien que celui de la Chine, interroge et pointe contre les formes d’enfermement à l’oeuvre actuellement, ce que « écart » et « impensé » peuvent recéler de sources créatives pour mener plus loin cette « exploration de l’humain ».

Un vrai et rare bonheur contre la morosité ambiante.

De l’universel, de l’uniforme, du commun et du dialogue entre les cultures – Editions Fayard